Posted on Nov 4, 2008

Ilium/Olympos

En grand amateur de péplums, d’antiquité, de médiéval-fantastique, de romans initiatiques et enfin science-fiction / anticipation je ne pouvais que me perdre dans le double roman Ilium/Olympos de Dan Simmons.

Si ce roman mêle avec brio tant de genres pourtant si différents, c’est grâce à un artifice – dont je me garderai bien de vous révéler les ficelles – aboutissant à “l’intrication” de 4 histoires réellement distinctes et pourtant bien concourantes.

La première histoire se déroule sur les plaines de Troie où l’on suit les combats se déroulant devant la ville mythique au cours du siège tout aussi mythique. Cette partie est racontée par Thomas Hockenberry, historien ayant enseigné les travaux d’Homère au XXème Siècle, parachuté au milieu des combats sans trop savoir comment. Connaissant par coeur le déroulement de l’Iliade, T. Hockenberry est chargé d’observer la bataille et de signaler toute anomalie ou déviation entre ce qu’il voit et ses souvenirs. En 9 ans de combat, tout s’est déroulée comme prévu. C’est pas une raison pour que ça continue hein?

Des plaines d’Ilium, nous passons sur le Mont Olympe pour la seconde partie de l’histoire. Dès le début, le champ lexical utilisé pour décrire les dieux et leurs pouvoirs laisse penser qu’ils n’ont de “dieux” qu’un titre auto proclamé et que leurs pouvoirs tiennent en fait uniquement d’une maîtrise avancée de technologies “quantiques”. Cette partie du récit est très étrange et pourtant très agréable, mêlant déicité, antiquité et hautes-technologies. Bref, on se rend vite compte qu’à part Zeus lui même, les “dieux” ne connaissent pas l’issue de la guerre et jouent vraiment avec leurs héros, les nanotechnologies et le cours de la bataille comme le décrit Homère dans l’Iliade.

Les héros de la troisième histoire sont des robots appelés Moravecs, Mahnmut l’Européen et Orphu d’Io (noms relatifs aux lunes de Jupiter). Crées à l’origine par les humains, ces Moravecs se sont émancipés et dispersés dans l’espace tout en conservant un intérêt certain pour les humains et leur culture (intérêt qu’ils disent “codé dans leurs gènes”). Ils étudient Sartre et Shakespeare (entre autre) et discutent du sens de la vie et du bonheur. C’est d’ailleurs totalement déroutant de se retrouver face à une dizaines de page de discussion sur la “Recherche du temps perdu” entre deux robots, et ce entre deux chapitres de barbarie. Ces deux petits robots se retrouvent pris au beau milieu d’une intrigue et vont jouer un rôle central dans le rapprochement des quatre histoires.

La dernière partie se déroule sur Terre, quelques 1500 ans après notre ère, au sein d’une communauté de “vieux humains” des plus étranges. Aidés par des serviteurs mécaniques dont ils ne comprennent pas le fonctionnement, utilisant des portails de “fax” (téléportation) dont la technologie les dépasse, assurés par des “crèches” de résurrection/soin placées en orbite au cas où il leur arriverait malheur, tout semble être fait pour que ces vieux humains continuent à vivre, mais sans comprendre le monde qui les entoure. L’arrivée de deux personnage – une femme vieille de 1500 ans accompagnée d’un grec se prénommant Ulysse va bouleverser le cours des choses.

Dan Simmons fait partie de ces auteurs qui parviennent à mélanger pêle-mêle plusieurs histoires n’ayant vraiment rien à voir au premier abord et à les faire converger sans laisser rien paraître. Rien ne transpire jusqu’au moment où on rajoute un tout petit poil de fantastique qui se place en clé de voûte de l’histoire et alors tous les blocs “tombent en place”. Malgré quelques moments un peu longuets ou ne servant pas forcément le récit, l’intégralité de l’histoire absorbe son lecteur et intrigue vraiment comme elle se doit. Voici donc deux livres palpitants à mettre dans votre lettre au gros barbu!

3 Comments

  • Edouard says:

    j’ai lu ton article avec intéret. Ca me donne envie de le lire.

    MAIS j’ai une ENORME question : c’est aussi sanguinolant / affreux que l’Echiquier du Mal et Hypérion ?

    j’avais bien aimé les histoires mais détesté les livres du fait de leur loongues descriptions de barbarie, de tripes, de morts par millions…

    d’avance, merci pour ta réponse :)

  • Tim says:

    Non absolument pas. Quand je dis “barbare” c’est bien pour parler de “non civilisé” et non de sanguinolent. La partie Troyenne de l’histoire se rapproche vraiment de l’Iliade dans la forme “épique” qu’elle prend mais sans étalages d’intérieurs!