Posted on Oct 15, 2008

Liveship traders

Au lit à 21h00 hier, c’est à 1h ce matin que j’ai enfin pu fermer les yeux après avoir avalé les 150 dernières pages qui me restaient de la fantastique histoire des Liveship Traders. Je vous ai déjà parlé de ce livre, je terminais même mon billet sur ces mots “J’ai tout juste fini le premier tome et je suis dans un état lamentable d’appréhension et d’envie de savoir la suite… cela va de soi que je vous le recommande des deux mains!”… cet état lamentable m’a tenu en haleine pendant les deux livres suivant et je vous recommande ce livre maintenant des deux pieds également! Mais par où commencer? Par replacer les choses dans leur contexte (attention, je “spoil” un brin)!

Dans la trilogie Farseer (cf ce billet), les humains des “6 duchés” font face à une menace de navires barbares venus de “Chalced”. Fitz Chievalry, bâtard du roi et futur assassin-royal (i.e. celui qui tue pour le roi), se retrouve pris dans une double intrigue jonglant entre résistance à l’envahisseur et intrigues de court pour la conquête du pouvoir. Le livre, d’abord plutôt “médiéval” vire peu à peu au “fantastique” avec la découverte de deux sortes de magie, le “skill” et le “wit”, et l’importance croissante d’un groupe d’individus légendaires portant le nom d’”Elderlings”. Malheureusement l’histoire se termine sans qu’on en ait vraiment appris beaucoup plus sur ces derniers où plutôt – rétrospectivement – qu’on ait l’impression d’en avoir appris beaucoup alors qu’on se fourvoie pleinement.

Un personnage “secondaire” sort du lot: le fou du roi. Ce personnage énigmatique, sorte de prophète jouant les Cassandre, possède une place centrale dans le déroulement de l’histoire.

La trilogie des Liveship traders nous place quelques années plus tard, au sud des “6 duchés”, sur la “côte maudite”.

La clé de voûte de cette histoire réside dans la “Rain Wild River”. La navigation sur cette rivière est le monopole des Liveship traders installés non loin de son embouchure. En effet, les eaux extrêmement caustiques de cette rivière empêchent tout navire standard d’y pénétrer et donc de commercer avec les “Rain Wilds”, et leurs produits magiques. Seuls les liveships, bateaux possédant une personnalité propre, résistent à ces eaux… mais le prix a payer pour posséder un tel navire est très élevé!

Les produits magiques en question sont en fait extraits des ruines d’une civilisation dont on a déjà entendu parler, les Elderlings.

On assiste à une quête de pouvoir mêlée d’intrigues familiales et contrairement à la trilogie précédente, on en apprend beaucoup plus sur le monde. Encore une fois, un personnage étrange sort lot, une femme qui voit en rêves un “enfant-prêtre à neuf doigts” ; une sorte de prophète elle aussi…

La troisième trilogie de Robin Hobb s’intitule “Tawny Man” et le premier opus a pour titre “Fool’s Errand”… cette dernière trilogie traite fort probablement des deux prophètes singuliers que j’ai évoqués.

Liveship traders
Robin Hobb a le chic pour créer des histoires aux rebondissements (plus-que) multiples. D’une histoire de déchirement familial à la suite d’un partage d’héritage, on dérive vers une histoire de piraterie, puis un conflit d’intérêt à l’échelle de plusieurs royaumes avant d’en arriver à la renaissance d’un peuple légendaire (qui a dit Elderlings?)…

Comme dans tout bon roman médiéval-fantastique, cette trilogie tire son essence du roman initiatique. L’histoire commence, pour les trois personnages principaux par un grand chamboulement:

  • Althea a l’âme d’un marin, depuis son plus jeune âge sa vie se passe sur le liveship portant le nom de “Vivacia”. Elle excelle dans son art et se prépare lentement à prendre un jour le commandement du navire. A la mort de son père, sa soeur ainée hérite de tous les biens familiaux et donne le commandement du bateau à son mari “Kyle-le-connard” qui s’empresse de débarquer Althea. Cette dernière se retrouve séparée du navire et va passer le reste de la trilogie à tenter de récupérer son dû.
  • Wintrow est le neveu d’Althea, fils de “Kyle-le-connard”. Envoyé dès son plus jeune âge dans un monastère pour y devenir prêtre, à la mort de son grand-père il est précipitamment rapatrié pour servir sur le Vivacia à la place d’Althea (un membre de la famille doit toujours se trouver sur le navire et comme Kyle ne peut pas sentir la donzelle…). Partagé entre son ardent désir de retourner dans le calme de son monastère et ce lien magique puissant qui l’unit contre son gré au navire, il se retrouve au beau milieu de la tourmente quand celle-ci survient.
  • Malta, petite sœur de Wintrow vit sa vie de petite-peste-de-fille-à-papa dans un monde idylique où tous les  adultes – excepté son père – sont méchants avec elle. Aussi têtue que futée, elle fait preuve d’une faculté extraordinaire de création de situations inextricables. Au rythme de ses actions, toujours plus stupides les unes que les autres (bien qu’introduites de manière totalement logique par l’auteur), elle se retrouve projetée dans un monde d’adultes et au centre d’un marchandage dont elle se serait finalement bien passée.

Comme je le décrivais dans mon premier post, une des forces de ce livre réside dans la très grande qualité descriptive et de mise en scène de Robin Hobb. L’empathie est maximisée ; on a très vite mal pour Althea et Wintrow alors qu’on souhaiterai tellement pouvoir mettre des claques à Malta et son père. Mais plus encore, les retournements de situation sont tellement bien introduits que certains personnages peuvent passent d’un coté à l’autre de l’échiquier moral et politique sans que cela n’offusque le lecteur.

Le monde est d’une richesse sans bornes, toute la part de magie remarquablement bien introduite dans le récit et finalement rien n’est décrit pour le plaisir. Plus d’un fois j’ai été a moitié rasé par certaines scènes en me disant “mais ça n’apporte rien… pourquoi tu ne continues pas l’histoire de machin dont on rêve de savoir la suite” avant que cette pièce du puzzle se mette précisément en place quelques chapitres plus tard dans un “oh putain mais c’est bien sur!!!” retentissant.

Au final il en reste une trilogie fabuleuse, qui avale son lecteur sans espoir de retour (je l’ai conseillé au petit frère de Mlle V. qui a avalé le premier tome en une semaine). Elle est clairement à placer au panthéon de mes lectures, presque au même niveau que la série “A song of Ice and Fire” de George R.R. Martin.

Avec Olympos (la suite d’Ilium), deux bouquins de SF et un livre de vulgarisation scientifique devant moi, il va falloir faire preuve de patience avant de retourner dans le monde de Hobb pour lire la trilogie du Tawny Man… où alors gruger la file d’attente…