Posted on May 21, 2008

The swarm

Je viens de finir de lire “The Swarm” de Frank Schatzing, le best seller Allemand dont je vous parlais à la fin de mon dernier billet bouquinistique. J’aurais tant aimé crier au génie comme je l’entendais après 50 ou 400 pages, mais je ne peux malheureusement pas. Tant de fois j’ai imaginé ce billet pendant la lecture du livre, tant de fois j’ai cherché des mots permettant d’encenser cette œuvre à la hauteur de son contenu. Mais la fin m’a tellement laissé sur ma faim que je ne peux conseiller ce livre comme je le souhaitais… vous allez comprendre pourquoi.

Ne vous méprenez pas sur mon propos, the Swarm est un livre très agréable qui m’a passionné pendant au moins les 2/3 de sa longueur. S’il contient des éléments que je trouve rédhibitoires pour en faire un livre d’exception, il n’en est pas moins un bon livre bien rythmé qui se lit vraiment sans efforts. C’est une œuvre tout à fait rafraîchissante, en partie parce qu’elle est chargée d’embruns et de “fraîcheur abyssale” mais aussi et surtout, car elle offre une histoire bien ancrée dans le réel couplée d’un regard intéressant (je n’irais pas jusqu’à objectif quand même) sur l’écologie mondiale.

The Swarm commence par une successions de petites histoires décousues placées là pour donner le ton: la disparition d’un pêcheur en Amérique du Sud, la découverte d’un curieux “ver-de-mer” au large des côtes Norvégiennes, l’absence prolongée des baleines aux environs du Canada… le livre nous place tour à tour dans la peau d’une petite dizaine de personnages (scientifiques pour la plus part), liés d’une manière ou d’une autre à ces évènements.

Tout d’un coup tout s’emballe, après le calme vient la tempête, la mer se rebelle. Il n’est plus possible à l’homme de compter sur cet élément immuable, après des années de traitement irrespectueux et de pollution sans vergogne, la nature prend sa revanche (et on se plaît presque à rétorquer “bien fait”). Les baleines s’en prennent aux bateaux, une étrange maladie se répand en Europe transportée initialement par des fruits de mer avant qu’un Tsunami viennent s’occuper des survivants, des armées de méduses non répertoriées font des ravages le long des côtes…

Le rythme s’emballe, on saute de chapitres en chapitres en suivant ces hommes et ces femmes qui veulent comprendre. On voit alors naître plusieurs théories en même temps que l’on bâti la sienne. L’histoire avance avec un tel entrain qu’on se retrouve bien vite à la moitié du livre sans avoir compris ce qui nous arrive…

On se rendre alors compte que tous les évènements cités sont liés et qu’ils ne pourraient s’enchaîner d’une manière aussi coordonnée sans un “cerveau” pour tirer les ficelles. L’auteur dévoile les éléments sur ce dernier au compte goutte en suivant un savant dosage. On s’émerveille devant ses idées et jubile à chaque retournement de situation, mais malheureusement cet état ne dure pas.

Je lisais récemment dans un article sur le “Game Design” que si deux types de jeux peuvent-être mélangés au sein d’un même design (et que c’est déjà “casse-gueule”), une erreur de débutant est souvent d’en mélanger plus encore pour rendre le jeu “plus riche”. Il en résulte au contraire le plus souvent un design instable provoquant l’inverse de ce qui était souhaité.

Il en est de même ici, en plus de cette trame principale amplement suffisante, l’auteur vient en superposer une seconde qui déstabilise tout son propos. L’équilibre de l’écolo-SF se transforme peu à peu pour intégrer des pans politiques, moralistes et même religieux qui, en plus de ne rien apporter au livre, plombent grave gravement sa crédibilité. La fin arrive trop vite et est bâclée par un “happy end” presque évident. Le rythme est conservé ce qui fait qu’on arrive à la fin sans efforts mais avec un goût désagréable dans la bouche.

Lassitude d’un auteur pressé d’en finir? Envie d’en faire trop ou tentation trop grande de faire du sensationnel? Ni l’un ni l’autre, tout au contraire! Les pierres posées par Frank Schätzing pendant plus de la moitié du livre laissaient présager une œuvre d’art… alors devant ce “bon bouquin divertissant” je ne peux qu’être déçu et soupirer “ah ce que ce livre aurait pu être génial”!

J’attaque maintenant American Gods de Neil Gaiman!

8 Comments

  • Edouard says:

    ouf, un livre en moins que je dois lire.

    En gros, le type à bacler sa fin ? c’est bête… sinon, c’est envisageable de lire que le début ? ou la fin est tellement nulle qu’on peut passer des lignes entières ?

    c’est vrai que ca doit tout gacher le happy ending. car la façon dont ca commence, ca m’a fait vraiment penser à du Lovecraft. (au fait, tu l’as lu ?)

    le résumé que tu en fais me rapelle la revanche de Gaia, par James Lovelock, un des pères de l’écologie moderne qui dote la biosphère d’une ” conscience ” et qu’il nomme Gaia.

    L’hypothèse / théorie Gaia est très interessante, tout comme le denrier livre de Lovelock, dont je parlais sur mon blog :
    http://www.elrst.com/2008/02/03/review-of-plan-b-20-by-lester-r-brown/

    bonne lecture ! :)

  • Tim says:

    Ce n’est pas la fin en elle même qui est décevante, c’est comment on y arrive. Tout va mal, on est dans un scénario franchement catastrophe et assez réaliste, mais la façon dont les éléments constituant la solution s’organisent est en fait beaucoup trop facile.

    L’auteur passe beaucoup de temps à en mettre plein la gueule à l’humanité et puis au moment où la recherche d’une solution commence ça se passe presque comme sur des roulettes. La seule chose qui fait que ça ne se passe pas comme sur des roulettes est du à l’introduction d’une guerre interne sur fonds de politique, de religion et morale. Bref, l’inventivité de l’ennemi est presque réduite à néant alors que l’auteur nous avait préparé au pire.

    Sinon, on est loin de l’idée de Gaia de Lovelock, ce n’est pas la biosphère en elle même qui attaque mais bien une entité distincte de la nature passée en mode “pas content”. Et on est aussi, je pense, bien moins dans le fantastique que Lovecraft.

    Coté lecture d’un morceau je doute que tu y arrives car comme je disais dans mon post, le bouquin est quand même bien écrit et a un rythme vraiment entraînant. On se désole en découvrant la tournure des évènements mais sans pour autant lâcher le bouquin.

  • Greg says:

    Effectivement, la fin est facile… Un truc à la Abyss… Sans plus… Je comprend la déception ^^

    C’est le syndrome des bouquins écris en pensant à la vente des droits pour le cinéma… Et c’est choquant quand on est habitué à lire des vrais livres… Surtout en SF :p

  • Tim says:

    Exactement (je savais pas que tu l’avais lu Greg), après avoir enchaîné les vainqueurs du prix Hugo ça met une claque.

    Et je l’ai pas précisé mais il semblerait que les droits cinématographiques soient déjà vendus à Uma Thurmann d’ailleurs et que le film soit actuellement en cours de tournage…

  • Greg says:

    Ha bha voila :p

    Et non je l’ai pas lu, mais si tu dis c’est nul, je voulais savoir pourquoi sans le lire ^^ Alors Hop Wikipédia ! L’encyclopédie du spoil !

  • Tim says:

    ^^ je viens d’aller voir, effectivement ils ne sont pas tendre…

  • ouais, bah en te lisant, ca me donne pas trop envie de le lire. j’ai toujours pas fini mars la rouge… alors the swarm passe donc dans la liste des a cotés que je lirais peut etre un jour quand j’aurai lu tout le reste…

    autrement dit, je ne le lirais probablement jamais. j’ai tellement de choses à lire que les bouquins juste bons, bah je les lis pas. je me réserve pour l’excellent. et je ne relis pas les livres que je voudrais relire, genre les Misérables. et pourtant j’ai vraiment envie de me replonger pour une 3ème fois dans les aventures de Jean Valjean et consorts.

  • [...] The Swarm est un livre allemand qui verra peut-être une adaptation prochaine au cinéma. Ce livre de [...]