Mon dernier article bouquinique – j’invente des mots si je veux – remonte au 19 Mars, mais vous vous doutez bien que je n’ai pas pu rester un mois les bras croisés sans tourner une page. Bien au contraire, je viens de finir deux livres de Vernor Vinge portant les noms de “A fire upon the deep” et “A deepness in the sky”. J’ai su résister à l’envie folle que j’avais de vous parler du premier bouquin avant d’avoir fini le second… et je l’ai fini hier soir alors je peux enfin me lâcher.
Ces deux ouvrages ont respectivement obtenu les prix Hugo 1993 et 2000. En 1993 “A fire upon the deep” coiffait d’ailleurs “Mars la Rouge” au poteau ; c’est en partie pour voir ce que ce bouquin valait que je l’ai commencé. En quelques mots j’ai été assez (très?) déçu par le premier livre, mais totalement passionné par le second… pour savoir pourquoi, il va vous falloir lire la suite.
Style d’écriture
Le style d’écriture de Vernor Vinge en général a quelque chose de très particulier. Il ne s’embarrasse pas des détails, il laisse une très grande place à l’imagination en ne s’attardant que sur les éléments importants. Il lance des concepts parfois totalement ésotériques sans donner plus d’informations que cela, à nous de construire la représentation du monde que l’on veut. Il n’est également pas rare de se rendre compte que d’une page à l’autre il s’est passé plusieurs mois voir plusieurs années sans que rien d’explicite n’ait été dit.
Ça n’a rien de bon ou de mauvais, mais ça m’a fortement perturbé, m’obligeant à maintes fois revenir en arrière pour m’assurer d’avoir bien compris, ce que je trouve assez désagréable. Si c’est très frappant dans le premier livre, le style est beaucoup plus équilibré dans le second. On sent que l’auteur a su laisser mûrir son style, que l’expérience a fait du bon travail.
A fire upon the deep
Dans “a fire upon the deep”, Vernor Vinge introduit un concept assez déroutant bien qu’absolument génial. Il partage l’espace en “zones de pensée” où le fonctionnement des machines serait altéré. Imaginez un système pseudo sphérique, avec les couches suivantes (du cœur vers l’extérieur): “unthinking depths”, “slow Zone”, “beyond” et enfin “transcend” (la Terre se situerai dans le fin fond de la “zone lente”). Dans ces couches, le fonctionnement d’une machine irait de “ko intégral” à “singularité totale”.
Ce partage de l’espace joue un grand rôle dans l’histoire du premier livre et même si c’est perturbant au début, on se plaît à jouer avec cette image mentale longtemps après la fin du récit. Ce partage m’a d’ailleurs beaucoup fait penser au “mur” que Denis Bajram présentais dans la BD “Universal War One” sous la forme d’une zone de l’espace où le temps s’écoule différemment au fur et à mesure qu’on remonte vers sa source.
L’histoire se passe à moitié dans l’espace sus-décrit et à moitié sur une planète dont les occupants n’ont pas encore dépassé le stade médiéval. Ces occupants, que Vinge décrit comme des simili-chiens, vivent en meutes (pack) dont un nombre défini mais variable d’individus physiques forment en réalité un seul individu pensant (ça va vous suivez?), ce sont les “Tines”. Un pack de 3 ou 4 atteindrait l’intelligence d’un humain, mais on y rencontre quelques super-packs allant jusqu’à 8 sous-individus. La description de ces extra-terrestres est absolument magnifique, mais malgré tout le fun que cela comporte, le principal désagrément en est donc un champ lexical animal couplé à une utilisation constante du je-nous qui a tendance à perturber (surtout en Anglais).
A l’aide d’un savant équilibre des éléments décrits ci-dessus, Vernor Vinge bâti un histoire qui n’est pas dutout inintéressante, pousse vraiment à réfléchir mais ne passionne pas. J’ai trouvé la fin particulièrement cabriolifique – oui encore un mot fait maison, probablement l’Allemand qui veut ça – elle m’a laissé un véritable goût amer dans la bouche. Bref, c’est un livre agréable mais ce n’est pas, selon moi, un “must”.
A deepness in the sky
Voila par contre le volume qui m’a mis une véritable claque. Vinge présente encore une fois quelques concepts intéressant qui seront les pierres angulaires de son récit.
Le principal élément est présenté sous la forme d’une caste appelée Queng Ho. Ce sont des business men de l’espace, des traders interstellaires vivant par et pour le business. Immergés en “sommeil cryogéniques” pendant la majeure partie des voyages, ces Queng Ho vivent plusieurs milliers d’années durant en se baladant de système en système, colonisant les mondes en troquant leurs marchandises ou connaissances contre les richesses locales.
Le plus célèbre de ces marchands ambulants s’appelle Pham Nuwen et sans dévoiler tous ses plans, ce dernier a pour idée de diffuser gratuitement et sans contrôle la connaissance Queng Ho. Car si les mondes sur lesquels les Queng Ho souhaitent faire du business se développent grâce à ces connaissances alors les échanges commerciaux avec ces civilisations en seront fortement facilités. Une de ces civilisations, baptisée “émergents”, va jouer un rôle prépondérant dans l’histoire.
Vinge nous présente également une étoile un peu spéciale dont le nom, “OnOff”, colle parfaitement à son comportement ; l’étoile reste allumée pendant 35 ans puis s’éteint pendant 215 avant de se rallumer et ainsi de suite. Enfin nous voyons apparaître une race extra-terrestre vivant à portée de OnOff et dont la culture est intégralement bâtie sur le cycle de cette étrange étoile.
Mélangez tout cela, rajoutez une grosse dose de dictature, un peu de technologie, beaucoup de manipulation et un peu d’attendrissement et vous obtenez une histoire dont je me garderai bien de dévoiler plus d’éléments de peur de vous gâcher une quelconque découverte.
L’histoire est réellement passionnante et ne laisse pas une seconde de répit. Voila par contre un livre à placer assez haut dans votre liste de lecture!
Et maintenant ?
J’ai mis le doigt dans un livre intitulé “The Swarm”, best seller d’un auteur Allemand (mais en Anglais rassurez-vous). Après 50 pages il m’a déjà happé tout un bras… c’est bon signe!
Bah donne.
Bah viens.
Bha j’arrive.
Tout çà sans dire que je te les avais conseillé ici meme; quelle ingratitude
allez, je répare moi-meme cette injustice :
http://www.elrst.com/2007/04/30/a-cultural-break-april-2007/
ton article est encore une fois très bon et très long… par contre, j’avais mis les deux livres quasi au meme niveau sur mon blog avec 19 et 20/20 :
http://www.elrst.com/misc/reading/readings-of-2007/
Quant à The Swarm, on en a déjà parlé, et oui, j’ai hate de lire ce que tu en penses.
Encore bravo pr ton style d’écriture et à bientot !
Bah oui c’est vrai.
@Edouard: Mince c’est vrai, j’ai oublié de rendre à Edouard ce qui n’est pas à César, je l’ai pas donné à Grégoire c’est déjà ça
Effectivement tu m’avais conseillé les Vinge, et je crois que je m’étais même gouré dans la référence en en parlant sur GZ il y a un bout de temps ^^
Bravo Monsieur, double post en plus… ralalalalah, ce blog n’est plus ce qu’il était… ^^
Oui, tu avais parlé d’un autre auteur. je crois que c’était Simmons, même ( que je déteste pour sa propension à virer dans le gore… )
Sur ce, hasta la buenas noches ( meme si les gens honnetes comme toi dorment depuis longtemps
)
[...] lire “The Swarm” de Frank Schatzing, le best seller Allemand dont je vous parlais à la fin de mon dernier billet bouquinistique. J’aurais tant aimé crier au génie comme je l’entendais après 50 ou 400 pages, mais [...]
[...] A Fire Upon the Deep m’avais laissé perplexe quand au prix Hugo, j’estime qu’Américan Gods mérite [...]
[...] avoir lu trois livres de Vernor Vinge – A fire upon the deep (1992), A deepness in the sky (1999) et Rainbows End (2006) – je vous avais dit que le [...]