Posted on Mar 28, 2007

La guerre des moutons

S’il y a quelque chose qui a le don de me hérisser le poil dès le matin, c’est bien les gens qui n’avancent pas!

Vous sortez du bus en même temps qu’une bonne vingtaine d’autre humanoïdes notoires et vous vous dirigez vers les escaliers les plus proches d’un pas pressé, non content de cette digestion bi-quotidienne de votre carcasse par une bouche de métro gloutonne.

Arrivé dans la station un “Escalator”, ô miracle de la technologie du repos musculaire destinée à ne plus avoir aucun efforts à fournir après le décollage, vous accueille.

Malgré le petit panneau écrit pourtant dans la langue locale “Rechts Stehen, Links Gehen” dans le cas présent, les clones de l’employé modèle qui vous entourent se plantent où portent leurs petites pattes et n’en bougent plus jusqu’à l’atterrissage.

On l’a tous fait, en discutant avec un comparse on se place en vis à vis, histoire de ne pas faire deux têtes de moins et se sentir dans une évidente position d’infériorité stratégique, ce n’est pas ce qui me provoque mon émois.

Ce qui m’énerve c’est le moment d’hésitation du pilote amateur qui, une fois arrivé à bon port sur le plancher des vaches (quoi que je doute qu’une vache ait déjà pris le métro), se retrouve pris d’une crise aigu d’attentisme primaire, fixe ses pieds fermement dans le béton en regardant à droite et à gauche d’un air crétin.

Le crash est inévitable, le sac à dos du crétin sus-dit vous servira d’air bag s’il en porte un, sinon vous irez vous encastrer dans son d’omoplate ou son épaule à vitesse grand E (E pour Escalator) en poussant un râle au moins aussi exaspéré que celui du pilote qui vous suit, qui lui aussi est entrain de vivre la même expérience traumatisante avec vous. Supposons que tout se termine bien…

Ce n’est pas fini, car maintenant il va falloir monter dans le métro, puis en descendre, vous n’êtes certainement pas au bout de vos peines.

Monter est relativement facile, il suffit de se présenter près de la porte, le moment venu de lever le pied d’une petite quinzaine de centimètres en l’avançant (c’est le moment critique où votre pied surplombe un vide infiniment profond d’un mètre cinquante) avant de le reposer avec une grâce majestueuse sur le plancher du wagon.

Mais pour ce faire, il faut compter sur la personne qui est devant vous… celle qui vient de monter une micro-secondes avant vous et qui à décidé qu’une fois que la pointe de son arrière train passé le no-man’s-land de la porte elle serait saine et sauve, parée pour le décollage… rien à foutre de ceux qui sont derrière et, même si le reste du wagon est d’aussi vide que les allées du Printemps Hausseman sont bondées en période de soldes, avancer ne lui viendrait pas à l’esprit!

Vous procédez aux étapes sus-décrites d’embarquement mais le processus s’arrête en cours de route… vous ne pouvez pas avancer sous peine de vous retrouver dans une position cocace impliquant l’arrière train pointu précédemment présenté. Encore une fois, la tension atteint son paroxysme, d’autant plus qu’une petite sonnerie retentit accompagnée des doux mots “Bitte zuruck treten” vous indiquant que vous avez une demi-seconde pour trouver un échappatoire avant de vous retrouver coincé entre deux morceaux de caoutchouc avides de laisser une trace de “noir à lèvres” sur la partie blanche de votre manteau.

Admettons que vous ayez réussi à rentrer… que ce soit grâce à un prise de conscience in-extremis du passager impliqué ou grâce à une intervention extérieure (divine?) ayant permis de débloquer le processus infernal.

Après un laps de temps variable, passé à:

  • Récupérer après toute cette décharge d’adrénaline
  • Laisser voguer votre esprit vers les contrées lointaines d’un bon roman
  • Lorgner sur le gloss particulièrement brillant des lèvres de la demoiselle assise deux rangs plus loin (en utilisant la vitre en suivant le principe de Leflanchec© bien évidemment – comprendra qui pourra)
  • Finir votre nuit la bouche à moitié ouverte, en croisant les doigts pour que votre horloge biologique vous réveille avant l’atterrissage

Mais c’est toujours pas fini, ah ça non! Il faut maintenant descendre! Au moment de la descente, la personne qui est devant vous ne vous dérange plus car elle est prise d’une irrésistibles envie de sauter du wagon en marche, mais elle va rencontrer un sérieux problème, le même problème que vous… une confrontation, un duel à mort… la confrontation des envies pressantes commence!

Le bon sens n’est plus, il a laissé place à un retour à l’esprit de la jungle : monter ou être monté crever sur le quai pour l’un, descendre à tout prix pour l’autre… voila ce qui semble attendre les passagers impatients.

Ils sont tous les deux placés en face de la porte près à bondir, l’un pour rentrer dès l’ouverture de la porte dans un “pshiii-ment” délicat et laisser derrière lui ce moment de stress intense qu’est la montée dans le métro, l’autre pour se ruer vers les escalators et vivre le dernier moment délicat qui l’attend avant de retrouver l’air pur, enfin sain et sauf.

L’hésitation est grande, vous ne manquerez pas d’entrechoquer vos épaules avec les parois humaines de l’étau qui se resserre sur vous tout en poussant de toutes vos forces sur la pointe de vos pieds pour donner ce rythme énergique à votre sortie valeureuse nécessaire pour effrayer les passagers montant et créer un semblant de panique permettant de diminuer temporairement la tension qui vous fait face et ainsi passer au travers.

… tant bien que mal vous vous retrouvez dehors, heureux d’en être sorti vivant, vous interrogeant sur la source de cette tension qui vous ronge.

La seule réflexion sensée qui vous vient alors à l’esprit prend la forme d’un questionnement métaphysique, combien ca pourrait parfois être chouette de se montrer sympa les uns avec les autres pour changer… mais vous écartez bien vite cette éventualité!

4 Comments

  • benjiman94 says:

    C’est bien là toute l’interrogation entre le fait d’être gentil en province et méchant en ville :p
    Toute l’animosité réside dans le fait de vivre les uns sur les autres… ce que évidemment on ne trouve pas dés que l’on a fait 100 km de part et d’autre des grandes villes… qu’en penses tu? ce qui est triste cependant c’est que des braves gens super adorable sont aussi perdus dans dans la foule …

  • (T)imothep says:

    Houla tu vas bien loin jeune Padawan.

    Loin de moi l’idée de diaboliser les rats des villes et d’encenser les rats des champs (c’est ce qui ressort de mon post?).

    Ce que je présente n’est autre qu’une sorte de photo (je prépare mon prochain post :) , un ensemble de sentiments que je trouve commun à tous ces endroits qui deviennent communs sans pour autant l’être vraiment, ici le métro.

    On assiste, je trouve, à une sorte de crise de solitarisme égoïste où “MOI” prime sur tout le reste et c’est surtout ca que je voulais présenter.

  • benjiman94 says:

    No Master, je ne dis point que ton post “diabolise” ^^ juste je soumets mon appréciation et je trouve que les résidants proches des villes et ceux qui sont confrontés tous les jours aux bouchons, au train train … (moi y compris je ne le nie pas du tout) sont souvent moins à même de penser à leur voisin de siège, leur équipé d’escalator ou encore leur ami d’autoroute…
    ainsi par expérience la ville rend parfois aggressif et solitaire malgré le monde… contre la ruralité, la campagne qui rapproche à défaut d’avoir un voisin que tous les 100 m

    méditons ensemble (devrais je écrire mes “pensées” dear MASTER??)

  • Gregoire says:

    Lèche cul :p

    Surtout que ya qu’un truc interressant dans tout ce post, c’est d’apprendre que Tim il regarde les Gloss des filles dans le métro…

    Hmm, ça peut vouloir dire plusieurs choses, toutes aussi gênantes les une que les autres…

    Meditieren Sie das ! Meister meines Bodens…

    (Houla comme c’est vulgaire l’allemand… ^^)