Les accents, non pas ceux des lettres mais ceux des gens, m’ont toujours fascinés. La diction et les façons de prononcer telle ou telle phonème aussi!
Si je devais m’en plaindre, ce serait probablement auprès de ma mère, orthophoniste de son état, que la moindre langue pas bien collée au palais ou pointant son nez entre les dents horripile. Au contraire, j’admire les façons de parler des gens, et parce que ça m’aide vraiment ou par habitude, je me plais à lire sur les lèvres de temps en temps.
Mon plus grand plaisir a été pendant tout mon stage aux USA de parler avec Kerry, un Louisian, seul collègue ayant véritablement pris un malin plaisir à corriger ma prononciation quitte à me couper toutes les 7 secondes. Toujours est il que c’est toujours amusant et même gratifiant quand on se rend compte que les gens ne peuvent plus vous cataloguer comme étranger dès la première syllabe. Si vous m’avez déjà entendu parler Anglais vous savez de quoi je parle, du coin-coin pur et dur.
D’autant plus que notre réputation de français à l’étranger n’est plus a faire, nous sommes catalogués comme ne sachant pas parler et ne voulant pas parler d’autres langues que la notre. C’est donc, d’autant plus un défi que de tenter d’assimiler cette partie ardue de la langue, la prononciation locale.
J’ai débuté en Allemand sur le même modèle. Imiter la façon de parler des gens, leur emprunter telle ou telle tournure (ajouter un “die” ou “der” devant un nom propre par exemple; c’est typiquement bavarois parait-il) et surtout tenter de prononcer les mots comme eux, avec le même accent, la même vitesse, les mêmes accentuations… Pour les mots de tous les jours ca roule tout seul, la boite à imiter marche à merveille. Si bien que j’arrive parfois à me retrouver dans la même situation qu’aux USA, à voir les gens se demander si je suis Allemand ou non; pendant une seconde, pas plus, mais quand même.
Mais seulement voila, mon niveau en Allemand est encore loin d’égaler mon niveau en Anglais, et c’est bien là le problème. Quand je pouvais faire le malin avec la langue de Shakespeare, celle de Goeth me joue des tours. Une réplique un peu trop imitée et je suis bon pour une phrase incompréhensible en réponse, voir deux si mon “wie bitte?” est encore trop germano-imitatif.
Et voila deux semaines que je me bats avec moi même pour freiner mes élans, ralentir ma diction, franciser les mots et adopter un rythme plus équilibré entre les moments ou je cherche mes mots et les moments où je connais la phrase à dire par coeur.
Et il me semble qu’hier j’ai enfin réussi. Outre le fait j’ai complètement raté le début de ma présentation en tentant, sans m’en rendre compte, de traduire mes slides à la volée de l’anglais à l’allemand, j’ai enfin reçu l’attention que je voulais des gens avec qui je parlais pour la première fois, une sorte de “ah il est étranger, mais il a l’air d’avoir un peu de vocabulaire en fait, bon et bien on va juste ralentir un brin alors”.
Ce qui ne m’empêche pas de ne rien comprendre lors des repas au boulot ou quand des collegues discutent dans mon dos. Mais c’est un premier pas non?